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SAMÏN BEDROUNI, LUC BESSON, MUSULMAN, KALACHNIKOV, ECHO DES MONTAGNES, FREDERIC BERGER

Réponse de Smaïn Bédrouni à la “lettre ouverte de Luc Besson à ses frères musulmans“
 
 

Mon cher Frère,

 

J’ai bien reçu ta lettre qui m’a profondément touché et je t’en remercie sincèrement.

Mon frère Luc, je suis triste d’apprendre que tu as mal pour moi aujourd’hui, ma religion ainsi souillée, humiliées, montrée du doigt. Oubliés ma force, mon énergie, mon humour, mon cœur, ma fraternité.

Je te rassure mon frère Luc, tu n’as pas à avoir mal, moi et nos autres frères sommes habitués. Nous sommes nés et avons grandis dans la souffrance, les insultes, le racisme, les humiliations. Cela nous a rendu plus fort et plus unis.

Je suis d’accord avec toi lorsque tu dis que « c’est injuste » mais je ne suis pas de ton avis lorsque tu dis :

« je te propose de réparer ensemble cette injustice . On est des millions à t’aimer et on va tous t’aider. Commençons par le commencement.

Quelle est la société que l’on te propose ? Basée sur l’argent, le profit, la ségrégation, le racisme. Dans certaines banlieues, le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 50%. On t’écarte pour ta couleur ou ton prénom. On te contrôle dix fois par jour, on t’entasse dans des barres d’immeubles et personne ne te représente. Qui peut vivre et s’épanouir dans de telles conditions ?Attachez un enfant ou un animal, sans nourriture et sans affection pendant des mois, il finira par tuer n’importe qui.

Vois-tu mon cher Luc, dans le département de la Somme ou je suis né et ou j’ai grandi, il y avait une règle dans toute les familles et dans les endroits publiques. Cette règle était : “Qui casse paye”.

Étant de formation électrotechnicien, électromécanicien, j’ai été formé à tout réparer et j’ai toujours adoré me rendre utile en réparant tout ce qui pouvait l’être. Je faisais parfois des miracles avec peu de choses et j’en ai toujours tiré une certaine fierté. Cela est devenu une habitude de tous les jours. Je construis, je répare ce que les autres cassent et cela ne m’a jamais fatigué.

Lorsque j’étais au collège, dans nos cours, nous étudions les automatisme et la robotique, ensuite je me suis perfectionné en électronique et en informatique avant de faire le choix de devenir journaliste d’investigation, chercheur et au final réalisateur comme toi mais sans aucun moyen financier ni soutien.

Je fais ce que je peux.

 

Donc, je te disais que dans le cadre de mes formations, j’ai été formaté pour tout réparer. Je me suis toujours senti concerné par les problèmes du monde et cela fait plusieurs décennies que je présente des réponses et solutions aux problèmes que nous rencontrons tous dans divers domaines, qu’ils soient du domaine de la vie courante, de la politique nationale ou internationale. Et à chaque fois, je me suis retrouvé confronté au regard de l’autre et ses projections personnelles. Bref je me suis retrouvé devant un mur infranchissable.

Que de temps et d’énergies perdus bêtement, n’est-ce pas ?

Comme tu le dit avec lucidité “On fait passer le profit avant toute chose. On coupe et vend le bois du pommier et après on s’étonne de ne plus avoir de fruit. Le vrai problème est là. Et c’est à nous tous de le résoudre.”

Mais tu sais tout comme moi que le problème est bien plus complexe que cela !

Quoi qu’il en soit, je crains, cher frère Luc, que ton appel ne trouve que peu d’écho de la part des puissants, des grands patrons et de tous les dirigeants lorsque tu écris :

“J’en appelle aux puissants, aux grands patrons, à tous les dirigeants. Aidez cette jeunesse, humiliée, atrophiée qui ne demande qu’à faire partie de la société. L’économie est au service de l’homme et non pas l’inverse. Faire du bien est le plus beau des profits. Chers puissants, vous avez des enfants ? Vous les aimez ? Que voulez-vous leur laisser ? Du pognon ? Pourquoi pas un monde plus juste ? C’est ce qui rendrait vos enfants les plus fiers de vous.
On ne peut pas construire son bonheur sur le malheur des autres. Ce n’est ni chrétien, ni juif, ni musulman. C’est juste égoïste, et ça entraine notre société et notre planète droit dans le mur. Voilà le travail que nous avons à faire dès aujourd’hui pour honorer nos morts.”

Ces propos, nous les tenons tous depuis toujours et ils ont toujours été ignorés. Aussi pour ne pas t’ajouter plus de douleur, je te recommande de ne pas trop espérer que les “cœurs morts” ressuscitent du jour au lendemain.  En ce qui nous concerne, nous avons fait notre deuil et je sais que les propos que je tiens serviront aux plus pervers d’entre eux pour ne rien changer et ils se diront quelque chose du genre : “puisqu’il est habitué, alors laissons les choses comme elles sont et laissons le souffrir jusqu’à sa mort afin de lui faire payer son “insolence.””

Je te remercie cher frère Luc pour tes recommandations lorsque tu m’écris en disant :

“ Et toi mon frère, tu as aussi du boulot. Comment changer cette société qu’on te propose ? En bossant, en étudiant, en prenant un crayon plutôt qu’une « kalach . La démocratie offre des outils nobles pour te défendre. Prends ton destin en main, prends le pouvoir.»

Mais je dois t’apporter une petite correction, si tu me le permets : Rien ne justifie pour nous de prendre une « kalach ». L’enseignement que nous avons reçu du Saint Coran nous apprends que la vie est sacrée. Il nous apprend aussi que la vie présente n’est que futilités et amusements ; la Vie Future est bien Meilleurs pour nous.  C’est pourquoi je te rassure, tu ne verras jamais un musulman prendre une « kalach » pour des futilités et encore moins pour des gribouillis dans un journal détourné au services d’intérêts stratégiques et politiques les plus sordides.

Tu vas me dire : “Et Charlie Ebdo alors ?” Et je te réponds en premier lieu que ce journal satirique n’a jamais caricaturé le Saint Prophète Mouhammad sawaws. Il a dessiné un monsieur imaginaire portant un prénom que les juifs d’il y a plusieurs siècles avaient inventé et qu’ils avaient appelé “Mahomet”.  Donc tu comprendras que les musulmans qui connaissent le Saint Prophète Mouhammad sawaw ne se sont jamais sentis concernés par ces dessins absurdes.

Ensuite je te dirais qu’en tant que musulman, chercheur, journaliste d’investigation et réalisateur comme toi, je peux t’affirmer sans le moindre doute, cher confrère, que ceux qui ont commis ce crime n’étaient pas des musulmans mais des acteurs criminels.  Si cela t’intéresse, je pourrais t’exposer tous mes arguments et les éléments dont je dispose jusqu'à présent. Je te propose d’en discuter ensemble quand tu voudras.

Ensuite, tu poursuis ta lettre en disant que

“ça coûte 250 euros pour t’acheter une kalachnikov mais c’est à peine 3 euros pour t’acheter un stylo....”

Mon cher frère Luc, bien que la kalachnikov n’a jamais été un objet dont j’aspire l’acquisition, le problème n’est pas le prix de l’outil mais le droit de l’utiliser ou non. Nous sommes en 2015 et notre outil d’écriture aujourd’hui est majoritairement informatique. Il y a longtemps que nous avons accès aux ordinateurs et que l’on nous empêche de nous exprimer sur Internet. J’ai moi même été poursuivi dans des affaires montées de toute pièce afin de m’empêcher de faire mon travail de journaliste. Le problème ne vient pas du prix de l’outil d’expression mais du droit de s’exprimer qui a été retiré à certains pour le donner à d’autres. Les évènements et les mesures prises ces 15 dernières années ainsi que ces derniers jours par nos politiques confirment mes propos.  Mais de cela aussi nous pourrions en reparler quand tu voudras.

Il faut regarder les choses en face Luc, quelques personnes se sont appropriées notre Pays et pris en otage nos institutions qu’elles utilisent pour faire la guerre.

En principe, dans toute démocratie, le pouvoir est au service du peuple. Je me souviens d’une parole écrite dans un prospectus, il y a longtemps, qui disait quelque chose comme : “La démocratie c’est quand le pouvoir craint le peuple. Et la dictature c’est quand le peuple craint du pouvoir.” Selon cette simple définition, il est facile de comprendre où en est notre Démocratie française aujourd’hui.

Je te remercie aussi de me proposer de “prendre le pouvoir et de jouer avec les règles”, mais là aussi, l’Islam nous enseigne que le pouvoir appartient à Allah et que la mise en place de Sa Loi est une très grave responsabilité. Aussi,  mon cher frère Luc, tu comprendras que ce n’est pas un jeu pour nous et que nous n’envisageons pas de le prendre le pouvoir, et encore moins de jouer avec les règles comme tu le propose”.

Cher frère Luc, es-tu sérieux lorsque tu dis

“Prends le pouvoir démocratiquement, aide tous tes frères. Le terrorisme ne gagnera jamais. L’histoire est là pour le prouver. Et la belle image du martyr marche dans les deux sens. Aujourd’hui il y a mille Cabu et mille Wolinski qui viennent de naître. Prends le pouvoir, et ne laisse personne prendre le pouvoir sur toi. Sache que ces deux frères sanglants d’aujourd’hui ne sont pas les tiens, et nous le savons tous.”

Pardonne moi de te poser cette question mais tu semble sous-entendre, toi aussi,  que ce serait effectivement des membres de l’Islam qui, cherchant à prendre le pouvoir, auraient commis l’attentat terroriste à Paris, ajoutant l’insulte à l’insulte.  Mais je te pardonne comme toujours, tu le sais bien mon frère Luc.

Mon très cher Luc, tu argumentes ensuite en disant :

“Ce n’étaient tout au plus que deux faibles d’esprit, abandonnés par la société puis abusés par un prédicateur qui leur a vendu l’éternité… Les prédicateurs radicaux qui font leur business et jouent de ton malheur n’ont aucune bonne intention. Ils se servent de ta religion à leur seul avantage. C’est leur business, leur petite entreprise. “

C’est là que tu me fais peur Luc. En effet, comment peux-tu connaitre tout ce film avant même que les enquêteurs puissent en arriver à reconstituer ce scénario ? Pour un peu, on pourrait presque te soupçonner d’avoir lu le manuscrit avant tout le monde.

Par contre, lorsque tu dis :

“Demain, mon frère, nous serons plus forts, plus liés, plus solidaires. Je te le promets.”

Là tu me fais sourire parce que ces promesses je les ai entendu pendant 46 ans et je n’ai rien vu venir d’autre que plus de haine, de mépris et d’insultes. Mais je comprends que tu ais envie d’en rire et je rie avec toi.

En attendant de nous rencontrer pour discuter de tout cela entre frères, je dois te rassurer sur un point très important concernant le drame qui touche les musulmans et avec lesquels tu te dis “pleurer”. Sois tranquille, tout va bien, aucun d’entre nous ne pleure étant donné que toutes nos larmes se sont asséchées après avoir coulées à flot pour nos frères et sœurs de Palestine, d’Irak, d’Algérie, de Syrie, de Côte d’Ivoire, de Libye, d’Afghanistan, et de tant d’autres pays agressés par les criminels de guerre et criminels contre l’Humanité. Si tu veux pleurer aujourd’hui, c’est pour eux qu’il faut le faire en premier.

Fraternellement

 

Smaïn Bédrouni
Chercheur
Journaliste d’investigation
Réalisateur International
SMS : +33 (0)6 63 37 65 32
Email : smainbedrouni at hotmail.fr

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